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Le Tiers État et la Cour des Grands PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Laurence Vamvadelis   
Mercredi, 02 Juin 2010 00:00

La zone euro à l’épreuve de la crise

Vendredi 19 février 2010, auditorium de l’Institut Français d’Athènes.

Intervenants : Matthieu PIGASSE, Directeur général de Lazard France, Vice-président de Lazard Europe -  Daniel COHEN, Professeur a l’Ecole Normale Supérieure, vice-président de l’École d’Économie de Paris - Modérateur : Babis PAPADIMITRIOU, journaliste-analyste, Skai Radio & TV.

On était venus entendre deux spécialistes nous donner des éléments de réflexions, de réponses sur la crise, sur l’avenir de la Grèce. Un universitaire et un financier de terrain ne pouvait que nous aider à en savoir plus ou tout au moins à être un peu plus proche de la réalité scientifique des phénomènes qui semblent vouloir nous entraîner dans la tourmente.

Si M. Pigasse nous a instruit et intéressé en parlant d’une Europe à la fiscalité fédérée, proposition concrète qui peut être critiquée mais qui a le mérite de faire avancer la discussion, la désinvolture et le cynisme de Monsieur Cohen allait provoquer à notre système nerveux une nouvelle épreuve : en effet, on serait en droit d’attendre de nos universitaires un peu plus de conscience professionnelle quand ils se produisent en public.

Les bla bla prémonitoires blasés : «l’Europe qui en veut, regardez nos amis catalans… ils ne veulent même pas dépendre de Madrid…» intéresse guère le public à moins que le fond de la pensée soit clairement exposée (par ex. l’Europe, ça s’arrête là!). Bien sûr, dans ce cas, il faudrait se mouiller un peu plus et certains universitaires enfermés dans leur monde de carriéristes et de prix littéraires, pour qu’ils se mouillent, il faut d’abord qu’ils pataugent pour prendre la température de l’eau. Mais, notre universitaire n’était peut-être que tout simplement étourdi... il est vrai qu’il semblait perdu, il ne savait d’ailleurs pas très bien où il était : «nous sommes à l’institut français de quoi déjà… de la culture». Quand on lui a proposé de venir, il a dû retenir qu’il allait dans quelque chose de français à Athènes, parler de la zone euro et qu’il y aurait Pigasse…

Ainsi, en face de propositions concrètes pour une meilleure répartition des richesses en Europe et d’une vraie politique budgétaire commune exposées par Monsieur Pigasse, votre universitaire semblait bien désabusé. Il est vrai qu’avec sa désinvolte définition de la démocratie, il nous avait donné le ton : «elle consiste à ce que quelqu’un donne une idée qui bonne ou mauvaise sera combattue par un autre et puis un jour on fait voter le peuple qui tranche», comprenons, le Tiers État, celui qui ne parle que d’une voix, de temps en temps quand on ne peut  plus faire autrement...

Parmi ces propositions concrètes qui marquaient un intérêt et une volonté de faire avancer une Europe solidaire, Monsieur Pigasse a souhaité attirer notre attention sur la toute indépendance dont jouit la Banque Centrale Européenne. Notons, suivant toujours son réalisme démocratique que M.Cohen a tenu bon de nous rappeler que le Tiers État d’une seule voix lors de la signature du traité de Maastrick l’avait bien voulu ainsi!

Ce point, cela se comprend, était particulièrement important pour nous, les citoyens grecs, vu que notre État émet de plus en plus d’obligations dans le but de trouver de l’argent liquide et que ces obligations émisses ont une valeur garantie vu, et tant qu’elles peuvent être rachetées par la BCE. Mais voilà, nous explique notre gentil financier, il suffirait qu’elle change du jour au lendemain ses paramètres d’acceptation pour que la Grèce et ceux qui ont acheté les obligations se retrouvent le bec dans l’eau... sans que la BCE n’ait de compte à rendre devant aucune institution démocratique.

Mais, une telle banque sait ce qu’elle à faire pour le bien  de tous, il s’agit ne l’oublions pas d’une banque qui gère l’argent de pays démocratiques soucieux de représenter les intérêts de tous ses membres et de tous ses contribuables. Il suffit simplement de ne pas la crisper, argumente M.Cohen... comprenons en la titillant sur son indépendance. A croire qu’à trop flirter avec la cour du roi, nos universitaires en perdent leur éducation républicaine… à moins qu’ils n’aillent plus dans les écoles de la République ?...

Mais, faisons confiance à nos élites... d’ailleurs savons-nous, pauvre Tiers État, ce dont nous avons besoin ? M. Cohen en trois temps, trois mouvements, nous a fait la démonstration du contraire. En effet, une enquête rapidement résumée par ses services montrerait qu’à chaque fois qu’on pose la question à un membre du Tiers État : «combien d’argent en plus auriez-vous besoin pour être satisfait ?»,  il répond 30% de son salaire actuel… même une fois qu’il les a obtenus. Qu’il est bête… on est bien patient de le laisser encore voter.

Mais ne soyons pas trop durs avec monsieur Cohen, il avait bien quelque chose à partager avec nous pour nous faire rêver l’avenir: la relance de la croissance, remède de tous les maux, à travers une inflation périodique de manière à donner un peu de souffle à nos entreprises pour qu’elles produisent (quoi au fait ? question stupide... tout ce que les décideurs regroupés sous le mystérieux nom d’investisseurs voudront bien financer, si (eux aussi, ils sont sensibles et ils ne faut pas leur faire peur) on les rassure sur le profit à réaliser…

L’intelligence se trouvait bien du côté de M. Pigasse le soir du vendredi 19 février : savoir répartir un peu mieux quand on en a beaucoup, c’est même plus que de l’intelligence, c’est de la sagesse. En effet, n’oublions pas qu’un Tiers État ça se crispe aussi, c’est sensible aussi, c’est intelligent même parfois. Et puis beaucoup d’entre ses membres sont allés à l’école de la République où ils ont appris que la démocratie, qu’il essaie de protéger, est d’abord et avant tout la libération de l’humain de l’oppression de l’humain, qu’elle se doit d’engendrer des discussions qui mènent à une continuelle révision des codes sociétaires, qu’elle instruit gratuitement, encore, pour que demain ses universitaires et tous ceux qui savent manier les chiffres soient au service du progrès et des civilisations à construire et pas au service de la cupidité, mère des vilains.

L’Europe construite jusqu’à présent est loin de satisfaire et nombreux sont ceux qui le crient déjà depuis bien longtemps, cependant comme l’a rappelé M. Pigasse que nous remercions d’avoir respecté l’assistance, on aurait besoin ne serait-ce que d’un tout petit peu plus de volontarisme...

Répartition des richesses à travers une politique budgétaire commune: calcul d’une ligne médiane définie à travers la valeur moyenne des BNP des pays. Les pays se trouvant au dessus de cette ligne complètent suivant un pourcentage défini par leur distance à la ligne médiane les manques des pays se trouvant en dessous.

Mise à jour le Mercredi, 16 Juin 2010 21:07